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Assemblée générale de l’ONU: l’avenir de la RDC se joue en coulisses

Lors de l'Assemblée générale de l'ONU, Joseph Kabila, le très décrié président de la RDC, a rencontré Charles Michel lors d'un huis-clos où aucun conseiller n'était invité. Il s'agit là d'une tentative de plus du président illégitime de se maintenir au pouvoir, tandis que l'opposition, emmenée par Moïse Katumbi d'une part et Félix Tshisekedi d'autre part, ont forgé une alliance sacrée pour que se tiennent des élections démocratiques dans le pays.

En RDC, l’opposition durcit le ton contre Joseph Kabila qui s’accroche au pouvoir. Le 18 septembre, en marge d’une réunion des Nations Unies à New York, Moïse Katumbi et Félix Tshisekedi, les deux figures de proue de l’opposition congolaise, ont dénoncé un président « illégal et illégitime » dans une tribune qu’ils ont signé conjointement avec trois responsables de mouvements citoyens issus de la société civile.

Le document met notamment en cause la responsabilité de Joseph Kabila dans le « non-respect de la Constitution et de l’accord du 31 décembre 2016 » et oppose par avance une fin de non-recevoir à « tout projet de référendum constitutionnel » modifiant la Constitution sur le nombre et la durée du mandat du président de la République. Une façon de couper l’herbe sous le pied de Kabila dont le second mandat est arrivé à son terme le 20 décembre 2016 et qui, depuis, trouve toutes sortes de prétextes pour ne pas organiser les élections présidentielles. Des élections où il n'a pas le droit de se présenter en vertu de la Constitution qu’il a lui-même promulgué.

 

Accord piétiné

 

Passé entre l’opposition et le gouvernement sous l’égide de la Cenco, la Conférence épiscopale de la RDC, l’accord du 31 décembre 2016, ou accord de la Saint-Sylvestre, avait accordé une année de plus au président sortant pour organiser le scrutin. Mais ce qui n’était qu’une concession s’est transformé en passe-droit : l’accord, pourtant entériné par le Conseil de sécurité de l’Onu, est resté lettre morte, créant une situation tendue et des flambées régulières de violences sur fond de crise politique.

Après plusieurs tentatives de négociations, les ponts sont donc définitivement coupés entre Kabila et le Rassemblement de l’opposition. Cette plateforme de l’opposition congolaise est dirigée par Félix Tshisekedi, fils de l’ancien opposant Etienne Tshisekedi, et Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga forcé à l’exil après s’être élevé contre Joseph Kabila. Les deux hommes, que des différents ont opposés par le passé, ont su s’accorder sur la nécessité de rétablir l’état de droit dans un pays menacé par la dérive autocratique d’un pouvoir de plus en plus prédateur.

Mais ce combat pour la démocratie n’est pas sans risques. A la tête d’un vaste « empire économique » selon une enquête de l’agence Bloomberg, Joseph Kabila, qui a accumulé une immense fortune, dispose en effet de puissants relais et de moyens considérables.

 

La discrète riposte de Kabila


La presse internationale a ainsi révélé que le clan Kabila avait fait appel à une société israélienne de lobbying, Mer Security and Communication Systems, afin, notamment, de mener une campagne de communication positive auprès des médias américains. Parallèlement, on observe également l’apparition d’articles dans la presse américaine dont l’objectif semble être de dénigrer Moïse Katumbi qui apparaît comme la personnalité la plus populaire de l’opposition et comme le recours naturel pour l’avenir de la RDC. Deux procès, qualifiés de « mascarades » par la Cenco, lui ont été intentés avec l’intention manifeste de nuire à sa réputation et de le frapper de peine d'inéligibilité.

Afin de donner des gages à la communauté internationale qui goûte peu les atermoiements de Kabila, la majorité présidentielle s’est également lancée dans une grande campagne de séduction derrière les coulisses. Le président de la RDC a ainsi rencontré le Premier ministre Charles Michel dans un huis-clos de plus de soixante-quinze minutes, où chose rare dans la diplomatie internationale, aucun conseiller ou ministre n’a été admis. Peu d’informations ont filtré sur cette rencontre dont le format est « inédit », selon les mots du ministère des affaires étrangères belge.
Inédit et pour le moins troublant?

 

Fin de non recevoir pour Moïse Katumbi et Félix Tshisekedi


Parallèlement, Kabila tente depuis peu de renouer le dialogue avec l’opposition. Une proposition rejetée par Moïse Katumbi et Félix Tshisekedi, échaudés par les contre feux allumés par le pouvoir depuis un an. « . Il y a déjà eu deux dialogues et Joseph Kabila n’a jamais respecté aucun des engagements qui y ont été pris. Avec Kabila il ne peut y avoir ni dialogue ni négociation », a expliqué Katumbi dans les médias locaux. Les positions sont figées : pour les chefs de l’opposition congolaise, Kabila n’est plus un interlocuteur crédible. Ils font de son départ le préalable à toute solution négociée.

En attendant, le plus grand pays d’Afrique francophone s'enfonce dans la dictature et sombre dans la violence. Le pouvoir a récemment interdit toute manifestation de plus de dix personnes. Au Kasaï, en plein coeur du pays, une révolte contre l’autorité de l’Etat a dégénéré. Des milliers de congolais y ont déjà trouvé la mort, comme aux heures les plus sombres de l’histoire du pays.

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