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Chinafrique, un mythe qui n'en est plus un

Pour assurer leur croissance, les pays africains ont besoin de commerce et d’investissement. La Chine s’est imposée comme un partenaire majeur du continent, et propose de les accompagner dans ce processus. Pourtant, la présence de Bejing est source de bien des controverses. La Chinafrique, système néocolonialiste de pillage ou partenaires gagnant-gagnant ? Deux positions à nuancer.

En 2009, la Chine est devenue le principal partenaire commercial du continent africain. Si cette date symbolique couronne les récentes années de rapprochement, la relation entre l’Empire du milieu et l’Afrique n’est pas neuve. Elle a en effet débuté dès les années 1950 avec la Conférence de Bandung – au départ principalement politique, sur la reconnaissance d’une « Chine unique ». Et l’accession de la Chine populaire au Conseil de Sécurité de l'ONU en 1971 est largement due aux états africains.

L’alliance politique s’est rapidement muée et partenariat économique, et depuis, le niveau d’engagement sur le continent a atteint des niveaux inédits – le commerce sino-africain a été multiplié par 20 depuis 2000. Cela s’exprime à la fois via des actions spontanées d’acteurs privés, et une stratégie bien orchestrée par Pékin. En 2014, ces échanges ont atteint 220 milliards de dollars, et ils tendent à être de plus en plus équilibrés, avec 10 000 entreprises chinoises implantées en Afrique, et ce dans de nombreux secteurs de l'économie africaine.

Par ailleurs, la Chine contribue aujourd’hui à environ un sixième du total des prêts accordés à l’Afrique, selon une étude du John L. Thornton China Center à la Brookings Institution (36,1 milliards de dollars en 2016). Une réalité qui tord le cou à l’idée reçue selon laquelle l’intérêt de Pékin pour le continent se limite à la seule exploitation de ses matières premières. Un pays en est la parfaite illustration : l’Éthiopie, pauvre en matières premières, qui depuis 2000, a été la deuxième plus grande bénéficiaire des prêts chinois en Afrique. Elle bénéficie en revanche d’un positionnement géographique stratégique pour les échanges sino-africains.

 

Chinafrique: influence contre croissance?

L’implantation chinoise sur le continent offre des avantages tangibles : la création d'emplois, le développement de compétences et le financement et le développement d'infrastructures. Aussi, un sondage réalisé par Afrobarometer en 2016 dans 36 pays du continent a montré que, pour 63 % des Africains, l’influence chinoise a été globalement positive. Cependant, en l’état, elle n’est pas dénuée de risques. « La Chine doit s’ouvrir à l’Afrique comme l’Afrique s’ouvre à elle », comme le rappelle le président kényan Uhuru Kenyatta. Pour que le rapport sino-africain soit pleinement vertueux, il faut en effet instaurer un véritable partenariat, d’égal à égal.

 

« Je pense que les Chinois savent ce qu’ils veulent alors que les Africains, eux, ne le savent pas », analyse justement PLO Lumumba, le directeur de la Kenya School of Law – à l’exception de l'Éthiopie et l'Afrique du Sud, deux pays qui ont montré avoir une véritable vision de leurs rapports avec Pékin. Mais la plupart des autres Etats africains connaissent encore un déficit commercial important, malgré des efforts pour rééquilibrer les rapports. Dans certains cas, les analystes s’inquiètent par exemple de voir des pays contracter tellement de dette qu’ils mettent en gage leur indépendance politique et économique. Ici l’exemple de Djibouti est éloquent.

 

Gare au romantisme tiers-mondiste

Si le spectre d’une implantation d’entreprises chinoises « hors-sol » destructrice d’emploi pour les économies africaines, est une réalité qui doit être nuancée, il a été remplacé par la question du traitement de la main-d’œuvre locale : les Africains sont employés par les entreprises chinoises, mais leurs conditions de travail sont souvent difficiles, voire parfois tout à fait déplorables. La présence chinoise bénéficiant dans ce cas surtout aux classes dirigeantes – qui y gagnent sur le plan de la croissance nationale, le développement macro-économique, et touchent encore parfois de juteuses rétrocommissions.

 

Plus inquiétante encore est l’absence de considérations environnementales dans l’activité chinoise en Afrique. La Chine contribue en effet à polluer davantage un continent déjà très lourdement frappé par le réchauffement climatique (désertification, perte de terre arables, vulnérabilité de l’habitat aux catastrophes naturelles…). L’exploitation de la bauxite en Guinée commence par exemple à laisser des séquelles alarmantes, mais elle est maintenue car l’économie nationale en dépend largement. Et les initiatives de pays africains pour réduire ces impacts et se réapproprier les processus de raffinement – à l’image de la RDC avec le cuivre et le cobalt il y a quelques jours – sont trop souvent mal accueillis, voire ignorés par Pékin.

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