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Crise politique en RDC : le président Kabila se rachète un mandat à moindres frais

Encore un délai pour le renouvellement démocratique en RDC. La CENI, en charge d'organiser l'élection en RDC, a précisé que cela ne sera pas possible avant 504 jours. Une gageure pour les opposants, qui semblent vouloir reprendre le chemin de la rue après une tentative de dialogue.

La République Démocratique du Congo (RDC) pourrait une nouvelle prendre le chemin de la violence. Paralysé par une crise politique majeure induite par le maintint au pouvoir du président Joseph Kabila à la fin du second mandat, le pays tarde à tenir les trois scrutins de renouvellement de sa vie politique : les législatives, la présidentielle et les provinciales. La Commission électorale nationale indépendance (CENI), chargée de superviser la transition, demande un nouveau délai, du fait de la procédure d’enrôlement de tous les électeurs qui ne devrait s’achever avant la fin de l’année.  Le processus d’enregistrement des électeurs au Kasaï a en effet tout juste commencé – et la région est encore déchirée par des violences récurrentes, ce qui rend le processus particulièrement laborieux.

 

D’après la CENI, le premier vote – et celui qui cristallise toutes les tensions – pour élire un nouveau président, aura lieu dans les 504 jours suivant la fin du recensement, soit pas avant début ou mi-2019. Et à entendre cette annonce, on a l’impression que la commission, proche du gouvernement, souffle délibérément sur les braises de la crise politique. En effet, l’accord de la Saint Sylvertre signé entre pouvoir et opposition sous l’égide de l’épiscopat, qui avait servi de médiateur entre des rues à feu et à sang et un régime qui faisait la sourde oreille, prévoyait que les élections soient organisées d'ici la fin de l'année – avec comme délai provisionnel en cas de crise majeure, juin 2018. Seul ce texte, obtenu à l’arrachée, avait évité que la situation ne dégénère en bataille rangée.

 

En 2006, le délai de préparation des élections avait été plus court

 

Ce samedi, les membres du Comité national de suivi de l’accord (CNSA) issus de l'opposition, ont rejeté le report annoncé par la CENI, s’en référant aux engagements du Président. Et pour cause : d’une part, la promesse de délai n’a pas été tenue par le clan Kabila, d’autre part, l’accord du 31 décembre 2016 prévoyait l’organisation d’élections présidentielle, législatives et provinciales en une seule fois. En plus de ces considérations, le calendrier annoncé par la CENI pose de fait un certain nombre de questions : pourquoi ne pas mener l’enrôlement conjointement au reste des opérations pour gagner du temps ? Pourquoi 504 jours alors qu’en 2006 et en 2011, le délai pour préparer les élections avait été sensiblement plus court – et que la situation sécuritaire du pays était tout aussi alarmante ?

 

Derrière l’obstination de Joseph Kabila point son manque de sincérité : son second et dernier mandat a pris fin le 20 décembre 2016 et la Constitution ne lui permet pas de se représenter. Aussi, avec les délais actuellement annoncés par la CENI, il gagne pratiquement 3 ans et demi à la tête du pays – quasiment un mandat. Aujourd’hui, les violations répétées des promesses du Président – et plus largement de l’état de droit – sont perçues comme des provocations par les partisans d’une transition pacifique, et vont immanquablement contribuer à relancer l’instabilité. « Chaque jour, chaque minute, chaque seconde que Kabila passe au pouvoir, le Congo perd quelque chose », résumait Moïse Katumbi, leader de l’opposition lors du forum sur l’Afrique organisé par le Financial Times.

 

Une transition sans Kabila

Le numéro deux de l’opposition, Felix Tshisekedi, a lui aussi fait part de son indignation : « Devant cette énième forfaiture, Joseph Kabila et son serviteur Corneille Nangaa ont déclaré la guerre au peuple congolais et se sont de ce fait disqualifiés. » Aussi, de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) qu’il dirige, et l’opposant Moïse Katumbi, ex-gouverneur du Katanga, candidat attendu aux prochaines présidentielles et « seul homme dont Kabila a peur dans le pays », demandent « une transition sans Kabila » après le 31 décembre 2017. Ce dernier, contraint à l’exil par des pression du clan Kabila (une condamnation immobilière, récemment qualifiée par l’épiscopat congolais de « mascarade »), prévoit malgré tout de faire son retour en décembre 2017, pour s’assurer de la transition.

« Pour prévenir le vide juridique et le chaos dans la perspective de la non-tenue des élections le 31 décembre 2017 au plus tard, (nous) exigeons une transition sans M. Kabila, devenu illégal et illégitime », peut-on lire dans le communiqué cosigné par les deux ténors de l’opposition. En effet, l'accord de la Saint-Sylvestre prévoit que si les élections n'ont pas lieu au plus tard en décembre 2017, il revient au CNSA d'apprécier unanimement ou de manière consensuelle avec le gouvernement et la Céni les modalités pour pouvoir parachever lesdites élections. Moins arrangeant, le mouvement Lutte pour le changement (Lucha) a lui appelé à faire appel à « la force de la rue » sans plus attendre. Un appel au soulèvement qui traduit bien l’état d’exaspération d’un peuple à bout de nerfs.

 

Un peuple aux abois

Trop occupé à se maintenir au pouvoir, le gouvernement a laissé la situation se dégrader dans le pays : une nouvelle épidémie de choléra affecte dix-huit des vingt-six régions du pays et la famine touche plus de 7 millions de Congolais – soit une hausse de 30 % par rapport à 2016 d’après l’agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. En outre, l'insécurité connaît une progression inquiétante, en particulier au Kasaï « où les actes de violence se sont généralisés » selon le dernier rapport de l’Organisation des Nations Unies. Autant de facteurs qui rendent les conditions de vie de nombre de Congolais impossibles et les poussent à bout, faisant peser une nouvelle le spectre de la guerre civile sur un pays qui aurait bien besoin d’un moment de répit.

Dernier coup dur, bien que symbolique pour les Congolais, la nomination de la RDC de Kabila au conseil des droits de l'homme est un camouflet d'une rare violence. A ce titre, le nouveau monarque rejoint Paul Kagame (Rwanda), Pierre Nkurunziza (Burundi), Faure Gnassingbé (Togo)...

Que des individus connus pour leur grande "humanité".

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