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Côte d'Ivoire : Alassane Ouattara veut réconcilier

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A deux ans de la prochaine élection présidentielle, Alassane Ouattara a appelé « tous les exilés ivoiriens » à revenir au pays. Un geste d'ouverture qui devrait permettre au pays de renouer avec une stabilité politique et économique.

La Côte d’Ivoire veut récupérer ses enfants prodigues. En début d’année, dans un discours au Forum national des confessions religieuses et du Conseil supérieur des imams (COSIM), le président Alassane Ouattara a réitéré son appel aux “fils et filles qui sont en exil depuis la crise post-éléctorale de 2010” à rentrer pour qu’ils puissent « participer au développement du pays ». Face aux chefs religieux et rois traditionnels, le chef d’État a clairement envoyé un signal aux figures de l’opposition, qui avaient fui le pays après la chute de Laurent Gbagbo. 93 % des exilés qui ont quitté le pays à cette période ont déjà regagné la Côte d’Ivoire dans le cadre du processus de réconciliation.


Réconcilier coûte que coûte


Pour encourager ce retour, le président ivoirien s’est personnellement impliqué dans l’épineux dossier judiciaire relatif aux délits commis durant cette période. Sans aller jusqu’à donner un blanc-seing aux actes les plus graves, le chef d’Etat a pris un décret assurant la libération de 4 000 détenus de droit commun. Une mesure qui a incité plusieurs figures majeures de l’opposition à revenir au pays, à l’image de Soumaïla Doumbia alias Doumbia Major, de retour après 17 ans d’exil dans la clandestinité.
« À plusieurs reprises, le président Alassane Ouattara a demandé à tous les exilés de rentrer, et nous avons pensé que désormais le bon moment était enfin arrivé, s’est expliqué ce dernier pour Jeune Afrique. Auparavant, ce n’était pas possible, car nous estimions qu’au sein même du pouvoir certaines personnes possédaient des armes et pouvaient se servir de l’appareil d’État, de l’appareil militaire, contre nous. Aujourd’hui, nous pensons que ceux qui nous voient comme des adversaires ou des futurs concurrents ne peuvent plus utiliser ces moyens-là pour nous nuire. »

afrique, Cote d'Ivoire, Alassane Ouattara

 

(La politique de réconciliation du président Ouattara passe également par l'aide aux Ivoiriens en détresse, à l'image de ces migrants rappatriés de Libye, où ils ont connu l'esclavage. Source : Koaci.com)


Il est vrai que l’exécutif a donné des garanties sérieuses aux opposants et s’est fréquemment prononcé pour un avenir en commun. A commencer par le président lui-même, pour qui “la paix est [le] bien le plus précieux”. “Nous devons tout mettre en œuvre pour la préserver. Je vous exhorte à toujours recourir au dialogue et à la concertation (...). Cultivons la paix, gage de la cohésion sociale et de notre développement” a-t-il poursuivi lors de ses voeux de Noël.

 

Le développement économique en ligne de mire

Parallèlement à l’impératif politique qu’est la réconciliation du pays, Abidjan garde en tête d’autres objectifs de long terme, comme le fait de maintenir le bon développement économique du pays dans la durée.


Portée par des réformes ambitieuses, la Côte d’Ivoire connaît en effet depuis quelques années un nouvel essor, qui devrait se maintenir si le pays parvient à panser ses plaies. L’État africain a également engagé sa transition afin de sortir de sa dépendance aux matières premières, ce qui lui a permis de maintenir une croissance élevée alors que nombre de pays d’Afrique subsaharienne s’enlisent. Mais il reste confronté à des problématiques de fond, notamment les perspectives d’emploi de sa jeunesse, thématique qui a par ailleurs été au coeur du dernier sommet Union Africaine - Union Européenne qui s’est tenue il y a quelques mois. Pour Alassane Ouattara, la réconciliation aurait donc un double objectif : préserver la stabilité du pays, au-delà des clivages politiques, et répondre au défi de plus en plus prégnant de la croissance.


Un défi dont la réalisation a été ralentie, en 2017, par des mouvements sociaux et la chute des cours du cacao : “2017 a été une année difficile avec les mutineries et les grèves des fonctionnaires, admet le Chef de l’Etat dans son discours de fin d’année. Mais tout cela est derrière nous. La Côte d’Ivoire a repris sa marche vers la prospérité et la stabilité”. Les indicateurs économiques tendent à le montrer. La croissance n’a pas dévissé, atteignant 8,5 % l’an passé, soit l’un des plus forts taux du continent.

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