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En RDC, l’Église catholique appelle à la paix mais reste ferme

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Plusieurs membres de la très influente Eglise catholique ont dénoncé les manœuvres de Joseph Kabila après les répressions sanglantes des derniers jours. Le cardinal Laurent Monsengwo a dénoncé les actions des forces de l’ordre « plus armées que sur un champ de bataille ».

22 janvier 2018. Moins d’un mois après les violences de fin d’année, la population de Kinshasa est marquée par une répression policière d’une violence inouïe. Bilan officiel : six morts. Le bilan officieux serait encore plus lourd…
Depuis plus d'un an, la République démocratique du Congo (RDC) vit dans l'incertitude la plus totale. Son président, Joseph Kabila, a vu son mandat se terminer officiellement le 19 décembre 2016, sauf que celui-ci se maintient au pouvoir et retarde sans cesse la tenue des élections présidentielle et législatives. Elles devaient avoir lieu en fin d'année, soit deux ans après la signature de l'accord de la Saint-Sylvestre, qui prévoyait un départ du chef de l'Etat en 2017. Il était également prévu que l'opposition s’associe à la gestion du pays, or elle en demeure pourtant éloignée.
« Le 31 décembre 2017 restera dans l'histoire de la République démocratique du Congo comme le jour des martyrs de l'accord de la Saint-Sylvestre. » rappelait déjà l'archevêque de Kinshasa, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya dans son homélie du 12 Janvier. Ce dernier a exhorté les fidèles congolais à ne pas perdre espoir, alors que se tenait une messe en mémoire des victimes de la marche pacifique organisée par les laïcs et catholiques le 31 décembre dernier. Celle-ci avait été organisée en vue de réclamer une alternance politique et avait reçu le soutien du G7 (groupement de 7 partis), favorable à la candidature de Moïse Katumbi, principal opposant politique du gouvernement actuel.
 
Selon le prélat, le sang versé lors de ces rassemblements devrait « porter ses fruits, dont l'émergence de la démocratie » dans le pays.
 
 

« Sanctions exemplaires »

 
Depuis le 31 décembre dernier, afin de protester contre les manœuvres de M. Kabila pour conserver son trône, plusieurs organisations catholiques et laïques se mobilisent et invitent les fidèles à se rassembler. Problème : le régime ne fait plus dans la dentelle lorsqu'il s'agit de faire cesser les manifestations hostiles. Les affrontements entre contestataires et forces de l'ordre au mois de Janvier ont ainsi fait une vingtaine de morts. La manifestation pacifique du 21 janvier fait état d’une dizaine de victimes. Un chiffre auquel s’ajoutent, il ne faut pas les oublier, les nombreuses victimes, ces dernières années, des marches anti-Kabila.
 
Au début du mois de janvier, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) avait tenu à réagir après la répression sanglante du 31 décembre. « A propos de ladite marche, la CENCO est profondément choquée par les actes ignobles qui s'en sont suivi » ont déclaré dans un communiqué Marcel Utembi Tapa et Fridolin Ambongo Besungu, président et vice-président de la Conférence. « Elle déplore l'atteinte à la vie humaine […] sacrée et inviolable [et demande] une enquête sérieuse et objective pour établir les responsabilités sur les […] agressions physiques ».
 
Son porte-parole, l'abbé Donatien Nsholé, a également abondé dans ce sens. « Il est juste et urgent que des sanctions exemplaires soient prises à l'encontre de ceux qui ont torturé, blessé et tué nos concitoyens, ainsi que ceux qui ont délibérément profané nos églises » a-t-il affirmé. Avant de dénoncer les « tentative[s] de division de l'épiscopat congolais orchestrée[s] à des fins politiques ».
Des médias sont à ce titre soupçonnés d'avoir déformé les propos de certains évêques, leur faisant dire qu'ils étaient opposés à la marche du 31 décembre. Un procédé dont semble coutumier le pouvoir. Moïse Katumbi, principal opposant de Kabila, a fait l’objet de rumeurs concernant l’éclatement de son mouvement “Rassemblement” et l’obligeant à se justifier dans la presse. Le dernier épisode en date est plus grave : l’exécutif congolais serait en train de fomenter un coup d’État factice, dans l’objectif de l’attribuer à Moïse Katumbi.
 

Accès à la démocratie

 
Une « campagne d'intoxication », ni plus ni moins, selon les deux représentants de la CENCO, dont le but est clair : « semer la division au sein de l'Episcopat ». « Nous demandons au peuple congolais de ne pas se laisser influencer par cette campagne dont les auteurs ignorent superbement sa souffrance » a réagi Donatien Nsholé. « Nous l'invitons à demeurer debout et vigilant, à prendre son destin en main et à barrer pacifiquement la route à toute tentative de confiscation ou de prise de pouvoir par des voies non démocratiques et anti-constitutionnelles. »
 
Une stratégie que favorisent également les membres de l'opposition, dont les principaux représentants - excepté Moïse Katumbi - étaient présents à la messe du 12 janvier. Katumbi dénoncait alors que l’objectif du référendum est uniquement de maintenir Kabila au pouvoir. Katumbi, l'ancien gouverneur du Katanga, fortement pressenti pour succéder à Joseph Kabila, vit en exil depuis plus d'un an et demi maintenant. En juin 2016, il avait été condamné à de la prison ferme, à l'issue d'un procès dont la juge avouera plus tard qu'il était piloté par le pouvoir. Ce qui ne l'empêche pas d'appeler les Congolais, depuis la France notamment, à se soulever de manière pacifique.
 
Grâce aux réseaux sociaux, la mobilisation pacifique reste une option, raison pour laquelle Kinshasa avait coupé tout moyen de communication téléphonique et Internet de la capitale dans la soirée du 31 décembre dernier. Un acte que les Congolais n'avaient pas apprécié, alors que plusieurs d'entre eux venaient de perdre la vie le matin même. Ces « martyrs de l'accord de la Saint-Sylvestre » honorés par l'Eglise, prête à donner de la voix pour faire accéder la RDC à la démocratie.
 

 

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